Modifier

Dans le projet Traces de Mobilité de la FabMob, l'objectif est d'aboutir à une application open source opérationnelle pour le recueil de traces de mobilité.

Beaucoup de questions se posent en matière de logiciel libre :

  • la question de la licence bien sûr. En l'occurrence, notre appli réutilise un logiciel libre sous licence BSD, dont on prévoit de forker et adapter la partie app cliente et de garder telle quelle la partie serveur (éventuellement en contribuant), et s'appuiera aussi sur un SIG web dont il faudra définir la licence. A priori ne licence GPL semble pertinente pour le SIG Web et l'app forkée, mais quelle variante est la plus pertinente?
  • la question de la pérennisation : au-delà du 1er test "preuve de concept" que nous visons cette année, que fait-on ensuite en cas de succès? Le logiciel e-mission est maintenu par une seule personne (en Californie) qui est loin de pouvoir répondre à l'ensemble des besoins, malgré toutes ses compétences et volonté de contribuer, comment lui apporter des ressources permettant de pérenniser ce logiciel? Pour la partie spécifique développée en France, est-il plus pertinent de chercher à développer une communauté qui porte le logiciel, ou de trouver un acteur qui maintienne le logiciel en tant que projet d'entreprise permettant de développer une activité, voire de transférer la maintenance à un acteur public? Qui mettre dans la boucle sans passer trop de temps en communication et prises de contacts, sur quels relais s'appuyer? De manière générale, quelles sont les bonnes pratique à chaque étape du projet open source?
  • la question du financement, où il sera naturellement plus facile de chercher des financements privés compte tenu des mécanismes de décision pour les acteurs publics.
  • la question de l'architecture et de la veille : quelles sont les bonnes briques techniques pour concevoir une telle application? quelles sont les briques open source possibles, existe-t-il des alternatives? quelles sont les tendances et les risques à identifier?
  • la question de l'hébergement : Au-delà du PoC, on se dit que ce serait une bonne idée de proposer l'app "as a service", pour des gens qui voudraient tester rapidement et sans chercher dans un 1er temps à adapter le code. Il faudrait pouvoir créer une instance à la demande du serveur communiquant avec l'app. On pourra trouver une solution ad hoc mais finalement le besoin est d'avoir une infrastructure existante à disposition.

Nous essayons de répondre une à une à ces questions, et d'y répondre progressivement. La Fabrique des Mobilités nous aide beaucoup mais n'a pas une masse critique de projets suffisante pour avoir toutes les compétences en matière de Logiciel Libre. Néanmoins, on voit bien que des questions similaires se posent pour beaucoup de projets, dans le domaine de la mobilité où la Fabmob intervient, ainsi que d'autres acteurs publics ou privés, mais plus largement pour l'ensemble des applications d'intérêt public ou remplissant des missions de service public qu'il fait sens de développer en tant que communs open source. Au total il y en a beaucoup. Parmi les projets lancés, certains font forcément des erreurs, dont certaines seraient sans doute faciles à prévoir en étant accompagnés et en suivant une méthode ou des checklistes.

Une Agence du Logiciel Libre pour les Services Publics pourrait remplir de telles missions, sans forcément avoir des effectifs énormes si elle est bien dotée et travaille en réseau :

  • financer (des projets émergents type fabmob mais aussi des projets plus matures) : à l'heure où la loi d'orientation sur la mobilité est en discussion à l'Assemblée et où paradoxalement en termes de budgets on cherche uniquement à sécuriser le financement des infrastructures routières et ferroviaires, rien n'est prévu pour investir dans ce qui relève de l'infrastructure des services publics (logiciels libres, workflow et standardisation des données, hébergement des services) - "l'infostructure" si on veut - tout aussi essentielle à bien des égards que l'infrastructure routière ou ferroviaire, tout aussi légitime, et créant sans doute autant d'emploi en France par Euro de dépense; quand on voit l'investissement public sur la recherche en IA ou sur l'innovation, on se dit qu'il doit être possible de trouver quelques M€ pour commencer;
  • identifier les composants (dans une logiqe similaire à capterra, plume, frama), les standards (formars, API), qualifier les logiciels, faire des études de marché;
  • hoster certains services gratuitement (sandbox);
  • former, animer la communauté dev-ops / chefs de projet ou produit / décideurs / associations;
  • capitaliser sur les bonnes pratiques pour les projets, aider à trouver des porteurs...

Ces missions sont assurées en partie actuellement par la mission Etalab, qui a vraiment fait bouger les lignes ces dernières années : néanmoins, Etalab intervient avant tout pour les services de l'état, mais il faut aussi travailler avec les collectivités, établissements, entreprises, recherche publique, associations et consortiums y compris étrangers. Par ailleurs, Etalab centre son activité sur l'ouverture des données plus que sur les logiciels, et sur la partie initiale des développements (c'est un lab). Enfin, Etalab n'apporte pas ou peu de financement, ce n'est pas une agence de moyens, comme peut l'être l'Ademe pour l'environnement par exemple.

Ce petit billet n'a pas l'ambition de trouver la solution (et en pratique on arrive à avancer sans une telle agence sur le projet Traces), mais simplement de poser la question, et peut être d'ouvrir la discussion.